Louis Martel président du Sénat

Le 15 Janvier 1879 Louis Martel est élu Président du Sénat

Les échos sont nombreux dans la presse

La fierté est manifeste dans le Pas-de-Calais

 

 

Le 17 janvier. « Notre honorable concitoyen M. Martel, comme on l’a vu ci-dessus, vient d’être nommé Président du Sénat. Le nouvel honneur qui lui est conféré doit rejaillir sur Saint-Omer, sa ville natale.

C’est M. Martel qui a été élu président du Sénat. Il a obtenu 153 voix contre 81 données à M. d’Audiffret-Pasquier. M. Jules Simon s’était désisté. Ce résultat a déçu bien des espérances, déjoué bien des calculs et dérouté bien des prévisions ; mais il satisfait complètement tous ceux qui ne cherchaient, dans l’élection du président de la Chambre haute, qu’une occasion d’affirmer le triomphe de la République modérée et progressive qui ressort du scrutin du 5 janvier. M. Martel est, en effet, celui de tous les candidats au fauteuil présidentiel qui résume le mieux ce programme, par son caractère et par les services qu’il a rendus. Naturellement, les incidents qui l’ont mis en tête de la liste, où il n’occupait avant-hier encore que le dernier rang, sont longuement racontés et commentés.

Voilà ce qui s’est passé : M. Duclerc, a reconnu que les voix qu’il avait recueillies au premier tour, constituaient un maximum qui ne serait pas dépassé. M. Le Royer a eu moins de peine encore à faire le même calcul. Tous deux se sont donc désistés. Restait alors M. Jules Simon qui ne pouvait maintenir sa candidature qu’à la condition d’accepter les voix de la droite. Lui aussi s’est retiré et M. Martel a été proclamé le candidat de la majorité. Ce dénouement de la réunion plénière a été sanctionné en séance publique par la Chambre haute et nous répétons qu’il est cordialement accueilli par tous. »

 

le 19 janvier. « Aussitôt que la nouvelle officielle de la nomination de M. Martel à la présidence du Sénat a été connue à Saint-Omer, M. le Maire, certain de se faire l’interprète de la grande majorité de ses concitoyens, lui a adressé le télégramme suivant : « M. Martel, à Versailles. Au nom de la ville de Saint-Omer, le Maire envoie ses plus respectueuses et sympathiques félicitations à son illustre concitoyen, M. Martel, président du Sénat de la République française. Signé Émile Duméril. »

 

L’élection de M. Martel à la présidence du Sénat est approuvée par tous les journaux républicains. – La France dit : le nouveau président, M. Martel, est un des hommes les plus sympathiques et les plus aimés de la gauche sénatoriale. Nous rappellerons que, dans la dernière Chambre législative de l’Empire, il fit partie de cette minorité de résistance qui osa faire échec au pouvoir personnel. Le rôle qu’il y joua fut assez actif ; à plusieurs reprises, il eut l’occasion de prendre la parole et donna dès lors, la mesure de son talent, composé surtout d’honnêteté et de clairvoyance. L’Empire tombé, il prit part à tous les grands travaux de l’Assemblée nationale ; enfin il accepta un portefeuille dans le cabinet que présidait M. Jules Simon et qui tomba le 16 mai 1877. Son passage aux sceaux et à la justice fut marqué par de louables efforts pour rendre à la magistrature française son véritable rôle et sa dignité ; il engagea contre les magistrats des commissions mixtes une lutte dont on se souvient encore, et dont l’écho retentit plus d’une fois à la tribune des deux Chambres. Il est vrai que cette fois, les magistrats des commissions mixtes eurent l’avantage sur M. Martel, et l’un d’eux, M. Brunet, entra même dans le cabinet du 16 mai. Le dernier acte de M. Martel, et qui est de nature à mettre son courage politique en relief, est son intervention dans l’affaire du magistrat Bastien, à Alger ; on sait comment les magistrats de la cour d’Alger ne craignirent pas d’outrager un homme qui avait été leur chef hiérarchique et qui est l’honneur du Parlement français.

 

Un grand nombre de maisons de Calais étaient pavoisées pour célébrer l’élection de M. Martel à la présidence du Sénat. On sait que M. Martel représente le canton de Calais au conseil général.

Nous apprenons que M. de Swarte, ancien chef de cabinet de M. Martel au ministère de la Justice, vient d’être appelé aux fonctions de chef du secrétariat particulier du nouveau président du Sénat.

 

Discours de M. Martel. – Le président du Sénat, M. Martel a soulevé les applaudissements de la majorité en donnant en quelque sorte pour programme à ses collègues, « la modération, la mesure, la fermeté, l’esprit de progrès et de sage prévoyance », par lesquelles cette haute Assemblée répondra, en ce qui la concerne, « aux besoins les plus évidents du pays, avide de travail, de sécurité et de paix. »

Voici cette allocution : « Messieurs, la République a triomphé de toutes les résistances, elle est fondée. Elle repose sur la volonté nationale qui s’est manifestée légalement avec autant de persévérance que d’éclat.  Nous aurons une session qui sera féconde et marquée par l’importance exceptionnelle de ses travaux dans l’examen des projets de loi dont nous serons saisis dans leur discussion, dans les solutions à donner à toutes les questions qui viendront solliciter nos consciences, nous montrerons la modération, la mesure, la fermeté, l’esprit de progrès et de sage prévoyance qui doit caractériser le Sénat.  C’est à cette condition que nous pourrons répondre aux vœux les plus légitimes et satisfaire les besoins les plus évidents du pays, avide de travail, de sécurité et de paix.  En m’élevant au fauteuil de la présidence, vos suffrages m’ont décerné le plus grand honneur. Je vous prie de croire que je vous en suis très reconnaissant, je m’efforcerai de justifier votre confiance par mon dévouement et en suivant les exemples et les traditions laissées par mon éminent prédécesseur.  Pour remplir les graves devoirs qui m’incombent, permettez-moi d’oser toujours compter sur l’appui de votre bienveillance et de m’encourager auprès de vous par le souvenir des paroles d’un monarque qui fut un grand politique dans des temps profondément agités. L’auteur de l’édit de Nantes disait : « le violent amour que je porte à mon pays m’a fait trouver tout aisé et honorable. » Nous aussi Messieurs et chers collègues, nous avons ici un violent amour de notre pays, tout devra donc nous être aisé et honorable. Oui nous aimons la France avec la patriotique conviction que c’est travailler à son salut et à sa grandeur que de servir loyalement le gouvernement républicain, issu de son état social et de sa ferme volonté.  Je suis heureux d’offrir l’hommage de mon respect à votre incomparable doyen d’âge et d’être l’interprète des sentiments du Sénat, en lui exprimant, ainsi qu’à nos collègues, membres du bureau provisoire, tous nos remerciements. »

 

Le 22 janvier. « Le conseil municipal de Calais à l’unanimité, a voté à M. Martel, sénateur, l’adresse suivante : à M. Martel, conseiller général du Pas-de-Calais, président du Sénat. (Versailles). M. le président, reconnaissante des services que vous lui avez rendus et de la bienveillance avec laquelle vous lui avez donné un concours empressé dans toutes les circonstances où elle en a eu besoin, la ville de Calais est heureuse et fière de l’élection qui vous a porté à la présidence du Sénat ; elle s’associe de tout cœur à la satisfaction qu’éprouve le pays de voir arriver a cette position éminente l’ancien garde des sceaux dont les nobles et fières paroles resteront comme une des gloires de nos annales parlementaires, le grand et bon citoyen dont le nom signifie : loyauté, dignité, sagesse et dévouement à la République. Par l’intermédiaire de son conseil municipal, son administration réunie à cet effet en séance extraordinaire, elle vous adresse et vous prie d’agréer ses félicitations et l’assurance de sa respectueuse et sincère affection. »