François Hermant Bouquillon

François Hermant Bouquillon

Son décès le 5 avril 1997

est l’occasion de retracer la vie et la carrière de cet homme qui s’est consacré sans relâche à la vie publique de Saint-Omer

et de cerner sa personnalité très appréciée par ses concitoyens

Les hommages lors de ses funérailles témoignent de la place qu’il occupait

 

 

LE MEMORIAL

 

Le 6 avril. « NÉCROLOGIE. Mort de M. Hermant-Bouquillon.

Nous apprenons avec le plus vif regret la mort de notre concitoyen, M. Hermant Bouquillon, président de la Chambre de Commerce de Saint-Omer, décédé à l’âge de 76 ans. Bien que sa santé fût chancelante, nous espérions encore voir M. Hermant triompher de la maladie qui le minait. Hélas, il n’en a pas été ainsi !

Nous pourrions résumer la vie de M. Hermant Bouquillon dans cette simple phrase : ce fut un homme de bien. Sa biographie serait cependant incomplète si nous ne disions que c’était un homme d’une droiture parfaite, de relations sûres et aimables, et qui se consacrait avec un dévouement de tous les instants à la chose publique. Président de la Chambre de Commerce, il apportait dans toutes les délibérations les ressources d’un esprit lumineux, et ses collègues le voyaient toujours empressé à ce qu’il croyait juste et bon. Comme conseiller municipal, il a rendu des services signalés à notre ville en 1870-71.

Au cours de l’année terrible, il fut choisi, en sa qualité de président du Conseil d’arrondissement comme représentant du gouvernement à Saint-Omer, et il s’acquitta de ses fonctions avec le zèle, le dévouement, l’aptitude dont il fit preuve toute sa vie. Enfin, comme président du Tribunal de Commerce, M. Hermant Bouquillon fut un magistrat éclairé, impartial ; les jugements qu’il rendait étaient des modèles de bon sens, d’équité ; il n’avait souci que du bon droit.

Ces services avaient été récompensés en 1890 par la croix de chevalier de la Légion d’honneur, et toute la population fut unanime pour le féliciter de cette distinction. Jamais récompense ne brilla sur un aussi noble cœur. Sa mort plonge dans le deuil, sa veuve, digne compagne de sa vie, son fils M. Paul Hermant, son frère M. Charles Hermant, qui, lui aussi, est un de nos concitoyens les plus aimés de toute la ville, et toute une famille qui jouit de la sympathie générale. Nous lui envoyons l’expression de nos condoléances les plus sincères et de nos sentiments les plus attristées. Signé L. V. »

 

Le 10 avril. « LES FUNÉRAILLES DE M. HERMANT.

Hier ont eu lieu au milieu d’une grande affluence de monde, les obsèques de M. Hermant Bouquillon, président de la Chambre de Commerce de Saint-Omer, dont nous avons annoncé la mort.

L’estime, la sympathie qui entouraient dans notre ville cet homme si aimé, donnaient à ses obsèques un aspect des plus touchants.

Après le clergé, la croix était portée par M. Delepouve, ami du défunt, qu’accompagnaient M. le Docteur Alexandre, maire d’Arques, et M. Luc, directeur de l’École de Musique. M. Félix Fleury, secrétaire de la Chambre de Commerce, accompagné de tous les membres, portait une magnifique couronne, en souvenir des services rendus par le regretté défunt.

La couronne du tribunal de Commerce dont M. Hermant Bouquillon fut le président, était portée par MM. Desrosiaux, président et Paquez, juge. Après eux venaient les membres du tribunal. Puis de nombreuses couronnes offertes par des jeunes gens reconnaissants, et par diverses délégations de la ville.

Les coins du poêle étaient tenus par MM. Ringot, sénateur-maire ; Ringot-Clément, ancien président du Tribunal de Commerce ; Pierret, vice-président de la Chambre de Commerce et Platiau, conseiller d’arrondissement.

Le deuil était conduit par M. Paul Hermant, fils du défunt, et MM. Demeunynck, son gendre, Charles et Édouard Hermant, ses frères, ainsi que par les petits-fils et ne veux du défunt.

Un piquet commandé par M. le lieutenant Basset a rendu les honneurs. On sait que M. Hermant était chevalier de la Légion d’honneur.»

 

Au cimetière, M. Ringot, sénateur-maire s’est exprimé ainsi :

«Messieurs, je viens au nom de la ville de Saint-Omer, adresser le suprême adieu à l’un de ses enfants les plus distingués qui, pendant près d’un demi-siècle, a mis au service de ses concitoyens et de la chose publique, les ressources d’une intelligence supérieure et d’un dévouement sans bornes.

M. François Hermant, qui appartenait à l’une des familles les plus anciennes et les plus honorables de Saint-Omer, est né en cette ville le 10 août 1821. Après de brillantes études au collège de Saint-Omer, il s’initia au commerce dans la maison paternelle, et repris plus tard la suite des affaires qu’il abandonna, il y a quelques mois à peine pour prendre une retraite que lui recommandait son âge avancé. La mort ne lui a pas permis de jouir bien longtemps, auprès des siens, du repos et des soins que nécessitait l’état de sa santé depuis longtemps ébranlée.

Peu de personnes ont eu une existence plus active et mieux remplie que M. Hermant.

Dès 1854, les électeurs l’appelaient à siéger comme juge au Tribunal de Commerce de Saint-Omer, il fit partie de ce Tribunal pendant 22 ans, dont 12 années en qualité de Président. Magistrat aussi éclairé que juste, il dirigeait les débats avec autant de bienveillance que d’autorité et de distinction. Ce fut une grande peine pour ses collègues d’apprendre sa résolution de renoncer à faire partie de cette magistrature consulaire qu’il avait honorée par son impartialité, la sûreté de son jugement et la courtoisie qu’il apportait dans ses relations au Palais.

Pendant 28 ans, M. Hermant fit partie du Conseil d’arrondissement de Saint-Omer, dont il devint le Président à partir de 1876. En 1892, son mandat étant expiré, il renonça à briguer les suffrages des électeurs ; il motiva sa décision sur son état de santé et le désir d’avoir un successeur plus jeune et plus actif. Tous ceux qui furent ses collègues dans cette assemblée, – j’eus l’honneur d’être de ce nombre, – ne peuvent oublier son excessive bienveillance, ses hautes capacités et la facilité avec laquelle il discutait toutes les questions soumises aux délibérations du Conseil.

De 1864 à 1875, il fut appelé à représenter ses concitoyens au Conseil municipal où il donna la mesure de sa connaissance approfondie des affaires, qu’il discutait avec la plus grande autorité. À plusieurs reprises, dans les moments difficiles, il remplit les fonctions de maire, sans vouloir jamais en accepter le titre. M. Hermant n’avait conservé de ses fonctions électives que celle de membre de la Chambre de Commerce. Entré dans cette compagnie en 1867, il en devint bientôt le vice-président et à la mort du regretté M. Porion, ses collègues l’appelèrent à la présidence qu’ils lui ont conservée depuis lors. Là aussi, notre concitoyen a donné la preuve de sa compétence dans tout ce qui touche aux intérêts du commerce, et des ressources de son esprit pratique et rompu aux affaires. M. Hermant est mort sur la brèche, il emportera dans la tombe l’estime et la considération de tous ceux qui l’ont connu sans acception de parti.

Notre population le lui a hautement manifesté aujourd’hui en assistant en foule à ses funérailles. Une carrière aussi bien remplie méritait une haute récompense et devait attirer l’attention du gouvernement de la République. Par un décret en date du 31 décembre 1889, M. Hermant a été fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

Cette distinction fut accueillie avec la plus grande satisfaction par nos concitoyens ; tous ont applaudi à cette juste récompense de toute une vie de travail, d’honneur et de dévouement, et celui qui parle en ce moment, n’a jamais ressenti de joie plus douce, d’émotion plus vive, que le jour où, délégué par M. le Président de la République, il eut la satisfaction de remettre au nouveau chevalier les insignes de la Légion d’honneur. M. Hermant appartenait à l’opinion républicaine et dans les nombreuses occasions où il lui a été donné d’affirmer ses idées politiques, nous écoutions toujours avec le plus grand plaisir et un profond respect sa parole franche et persuasive, ses conseils dont la modération n’excluait pas la fermeté parce qu’ils étaient inspirés par une conviction sincère et le désintéressement le plus absolu. Nous sentirons pendant longtemps le vide que laissera parmi nous la mort de M. Hermant et son souvenir restera toujours gravé dans notre mémoire.

Mais combien cette cruelle séparation sera plus vivement ressentie par la digne compagne de son existence, par ses enfants qu’il chérissait, par sa famille qui l’entourait de la plus tendre affection. En même temps que nous leur offrons l’hommage de nos douloureuses sympathies, nous adressons à M. Hermant un dernier et respectueux salut. »

 

Discours de M. Pierret,  vice-président de la Chambre de Commerce.

«Messieurs, je viens au nom de mes collègues de la Chambre de Commerce de Saint-Omer, adresser un dernier adieu à l’homme de bien que la mort nous enlève.

De sa vie privée, je ne vous parlerai pas ; d’autres beaucoup mieux que je n’aurais pu le faire, vous ont rappelé ses vertus… Ils vous ont dit que M. Hermant, par sa douceur, son esprit de conciliation et sa grande obligeance avait su s’attirer l’affection de tous. Et l’on peut dire de lui, que forcément tous ceux qui l’ont connu, l’ont aimé.

Comme Président de la Chambre de Commerce, notre regretté collègue apportait dans l’étude de nombreuses questions qui nous sont soumises, un soin et un travail des plus minutieux. Son esprit droit et juste le guidait sûrement. Et sa connaissance des affaires et la rectitude de son jugement le mettait à même de nous aider à trancher les questions les plus délicates et les plus importantes pour le commerce et l’industrie. Plein d’activité et d’énergie, il ne craignait pas la fatigue et les études pour arriver au but désiré. Sa mort est pour nous un vide irréparable. M. Hermant était l’homme du devoir.

Il s’est acquitté pendant 30 ans de son mandat de membre de la Chambre de Commerce, avec une loyauté, une abnégation et un dévouement complets. Nous laissant après lui un exemple que nous nous efforcerons de suivre et d’imiter.

Sa santé, depuis quelque temps déjà ébranlée, n’a pas arrêté son zèle et malgré une vue très affaiblie, il a continué courageusement sa tâche et son labeur.

Adieu, cher collègue. Ta mort est un grand deuil pour nous tous, mais ta vie si modeste et si pure, ton dévouement à la chose publique seront pour nous un guide sûr et précieux. »

 

Discours de M. Ringot-Clément, ancien président du Tribunal de Commerce.

«Entré au Tribunal de commerce en 1879 sous la présidence de M. Hermant Bouquillon, je ne puis laisser fermer sa tombe sans adresser quelques mots d’adieu à celui qui fut notre guide à tous.

D’autres diront ce qu’a été notre regretté président dans sa vie privée et dans les diverses fonctions qu’il a si dignement occupées pendant sa longue carrière.

Quant à moi, je me bornerai à exprimer brièvement ce que notre bienveillant président a été pour ses collègues. Esprit droit, jugement sûr, d’une courtoisie sans égal avec ses collègues, écoutant leurs observations avec une bienveillance marquée, facilitant leur travail en mettant à leur disposition les ressources de sa vaste intelligence, tel était M. Hermant Bouquillon.

Aussi nous souviendrons-nous toujours de ces délibérations en chambre du conseil où l’accord et la cordialité ont toujours régné.

Aujourd’hui que la mort a fait son œuvre et que le guide, l’ami des anciens jours, a terminé sa carrière si bien remplie, nous n’avons plus qu’à nous incliner devant les décrets de la Providence en espérant le revoir au céleste séjour que Dieu accorde à ceux qui, comme lui, ont passé sur cette terre de labeurs et de larmes en faisant le bien et leur devoir.

M. Hermant Bouquillon, mon cher Président, au revoir. »

 

« Quand M. le préfet du Pas-de-Calais a eu connaissance de la mort de M. Hermant Bouquillon, il a immédiatement adressé le télégramme suivant à M. le sous-préfet qui l’a fait remettre à la famille avec ses regrets de sympathie personnelle :

« Préfet à Sous-Préfet, a Saint-Omer. – Vouloir bien présenter à la famille de M. Hermant Bouquillon, président de la Chambre de Commerce, les plus sympathiques condoléances de l’administration préfectorale et de lui dire combien je suis personnellement affligé de la perte qu’elle vient de faire. Le nom de M. Hermant était devenu synonyme de bonté et de dévouement à l’intérêt public. »